Comment les oeuvres viennent-elles à nous ? Quelle part de destin, de chance, d'évidence ? De marketing et de "choix industriels" aussi, hélas...

Ces questions m'accompagnent depuis longtemps. Ceci explique sans doute mon attachement particulier aux toutes premières fois, en littérature comme en musique et au cinéma.

La première rencontre des artistes avec leur public, c'est justement le sujet d'une superbe émission estivale de France Inter, animée par l'enthousiaste et subtil Augustin Trapenard.

C'est ici que j'ai découvert un double pari, magnifique : "Nos cheveux blanchiront avec nos yeux" est le premier roman de Thomas Vinau et c'est aussi le premier livre publié par une nouvelle maison, Alma Editeur.

Pari brillamment tenu : l'objet est élégant et soigné, le roman est singulier et émouvant.

C'est le livre des petits riens qui font le grand tout.

Minimaliste, Thomas est un militant du minuscule comme il le définit sur son superbe blog et il excelle à brosser en quelques mots poétiques, en un titre de paragraphe parfois ("les matins qui m'éloignent de toi sont des nuits") des impressions légères ou des sentiments profonds.

Il y a bien une histoire, en deux parties - l'errance du narrateur Walther [le dehors du dedans] puis un voyage plus intérieur [le dedans du dehors] - mais le livre vaut d'abord par les petites fulgurances d'un homme qui nous écrit à hauteur d'homme, conscient que "finalement la liste est longue des superbes insignifiances qui (le) tiennent debout".

Avec douceur, avec humilité ("je ne fais que rajouter des miettes aux miettes"), il nous émeut en parlant du temps qui passe et même du temps qu'il fait : "On se dit tiens il pleut, et il fait déjà beau. On se dit, je l'aime, elle est déjà partie. On se dit c'était bien, c'est fini."

La lucidité n'est pas triste : "Finalement ici ou là-bas, c'est toujours d'exil qu'il s'agit [...] La souffrance reste la souffrance. La lumière reste la lumière." et demeurent, permanentes murailles, la nature et la littérature : "le livre, c'est un après-midi de fin de Juillet après quelques jours de déprime."

Celui de Thomas Vinau donnera du bonheur bien au-delà de l'été !