En douceur, les romans sont souvent des armes politiques bien plus subversives que les pamphlets militants.

Ainsi trois livres de rentrée de Maria Pourchet, Olivier Adam et Thierry Beinstingel.
Tous profondément différents.
Et qui disent pourtant, chacun a leur manière, des vies qui tournent à vide, sans autre logique que d'être un des rouages anonymes d'une société marchande prête à les jeter sur le bas-côté sans ménagement.

Dans "Les lisières", Paul Steiner, écrivain dépressif, vit une double rupture, conjugale et sociale qui lui éclate à la figure à l'occasion d'un retour dans la banlieue de son enfance, au chevet de sa mère malade. Sur fond d'incompréhension familiale (un père sec et rigide qui s'apprête à voter FN, un frère petit-bourgeois au cœur sec et à la vie terne), Steiner comprend qu'il est rejeté par cette banlieue délaissée, celle de ses anciens camarades de lycée qui galèrent, et qu'il n'appartient pas davantage à l'intelligentsia bobo qui publie ses romans.
Cette quête identitaire se conjugue avec la découverte d'un secret familial qui va le conduire à un inventaire personnel porté par l'espoir de trouver enfin sa place.

Le personnage central d'"Ils désertent" est un VRP à l'ancienne (ses collègues le surnomment l'Ancêtre) confronté aux adaptations de l'entreprise à la logique des marchés.
Le sens de sa vocation apparaît soudain dans toute sa vanité ("Où avez-vous rangé votre vie pendant que vous faisiez la route ?") d'autant que la jeune DRH chargée de le licencier sans délais se révèle plus sensible qu'elle ne le devrait aux considérations humaines.
À l'arrivée, c'est Rimbaud et l'amour des livres qui apporteront à nos deux personnages, le sens et l'espoir qui leur rendent leur humanité.

"Avancer" est une fable bien plus foutraque et jubilatoire sur le développement personnel et la nécessité de trouver sa place dans la société. Victoria est "peu pressée de cotiser" et persuadée que c'est la voie royale qui lui est promise, sans trop savoir par où elle va arriver ! Alors elle l'attend des journées entières au balcon à regarder la vie qui s'écoule.
Les intellectuels précaires, les familles recomposées et la marche de la société en général en prennent pour leur grade avec un humour féroce.
Quel plus bel exemple que cette évocation de Monsieur Pierre Bourdieu "un sociologue très célèbre qui a inventé la misère du monde qui ne lui avait rien demandé et qui est mort d'autre chose".
Une formidable claque anti-crise !