Alors que se termine (enfin !) une campagne présidentielle qui s'est surtout employée à mobiliser les peurs et les émotions, remercions l'académicien Michel Serres de s'adresser à notre intelligence pour tenter de nous faire saisir les changements du monde et les formidables défis que vont devoir relever les nouvelles générations.

Le constat : un nouvel humain est né depuis nes années 1970, qui n'a plus le même rapport à la nature (de l'agriculture à la nature-loisir), à la santé (douleur, espérance de vie,..), à l'Autre (multiculturalisme), aux médias.. Ce nouvel humain, que Serres baptise Petite Poucette, n'a plus la même tête, le même corps, la même langue (alors que 4 à 5.000 mots entraient à chaque révision du dictionnaire, ce sont 35.000 mots qui feront leur apparition dans le prochain).

Organisé dans des espaces métriques, référés à des centres, des concentrations (l'école, la classe, l'amphi,..), l'accès au savoir est maintenant disponible partout.
L'enseignant oralisait de l'écrit; il demande le silence et il ne l'obtient plus : tout le monde veut parler, tout le monde veut communiquer avec tout le monde en d'innombrables réseaux. Victoire du savoir discuté sur les doctrines enseignées.

Concentrée dans les médias et dans des systèmes pyramidaux, l'offre politique meurt.
La demande politique, énorme, se lève et se presse: Finie l'ère du décideur, l'arène politique est désormais occupée par les décidés.
Victoire de la multitude anonyme (les révolutions arabes) sur les élites dirigeantes bien identifiées.

La naissance de Petite Poucette, c'est l'émergence d'une société immatérielle librement connectée face à la société du spectacle à sens unique.
Et le défi, formidable, de réinventer le vivre ensemble, la manière d'être et de connaître, le fonctionnement des institutions.

Voilà un enjeu majeur des échéances politiques, celle de Dimanche.. comme les prochaines, plus locales !