Pères de famille, mes frères, ce livre s'adresse à nous !

Non que nous soyions tous, comme le père de Laurence Tardieu, d'anciens cadres de la Générale des Eaux, déchus, emprisonnés pour corruption.

Mais parce que cette lettre à un père est un pavé contre le silence, un cri pour que l'amour paternel ne reste pas corseté par les codes et les bienséances.

Dans une langue précise et rugueuse, Laurence Tardieu sonde la moindre zone d'ombre, scrute, traque, assène inlassablement ses questions comme la mer charrie les galets, interroge sans fard nos existences parce "qu'il n'y a que dans les contes que tout se fait sans accroc. La vie, elle, laisse des traces."

Elle n'affirme rien, ne juge pas : "Il n'y a pas une vérité. Il n'y a que des regards, uniques."

Elle ne s'exonère pas dans cette quête sans concession : "Les autres portent sur vous un regard qui n'est autre que le reflet de votre propre apparence."

Elle s'engage sans réserve dans son projet d'écrire, contre la volonté du père, la complexité de leur relation : "Ecrire, ce n'est pas raconter des histoires, c'est tenter d'atteindre la lisière de la vie", ou encore "L'objet de l'écriture, c'est tenter de s'approcher de ce qu'on ne comprend pas et qui nous brûle."

Car l'enjeu de cette épreuve de vérité, de ce passage au scanner d'un amour qui étouffe de n'être pas dit, c'est bien la naissance d'une femme, trop longtemps empêchée, la recheche de "la véritable identité, celle à l'intérieur de laquelle chaque être a le pouvoir de briser des lignes droites."