Non, je n'ai pas regardé l'Eurovision et je ne participerai donc pas au débat qui a agité medias et blogosphère sur les enseignements géopolitiques de la solidarité entre petites nations de l'Union Européenne dans ce concours (et, accessoirement, sur la ringardise de la proposition française..).

Mais il suffit parfois d'un artiste pour saisir l'âme d'un pays, en ressentir l'écho intime.
Brina Svit est slovène. Elle vit et travaille à Paris.
Après deux romans traduits et publiés chez Gallimard (Con brio, Mort d'une prima donna slovène), elle écrit maintenant en français.

Le dernier "Un coeur de trop" (Gallimard) se passe en Slovénie.

En sortant d'un restaurant, un homme soûl s'apprête à prendre le volant. Lila lui dit qu'il est fou, qu'il va se tuer et se propose de conduire à sa place.
Voilà, nous dit Brina Svit, comment s'écrivent les romans : en entrant dans la nuit, en essayant de trouver la route, en écoutant la voix de ses personnages, même quand ils dorment.

Et elle conclut, 200 pages plus loin, "on peut souffrir, on peut se tromper, on peut perdre, on peut avoir mal, on peut commettre l'irréparable, on peut errer dans les ténèbres, on peut se sentir coupable, misérable et ne rien comprendre... mais il n'y a jamais de coeur de trop dans nos vies, non, jamais..."